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La pratique au dojo Shumeïkan est rythmée par un ensemble de moments clés où l’étude sur le tatami s’associe à de riches instants de vie collective, qui font partie intégrante de l’Aïkido.
Les pratiques Osôji et Kagami Biraki sont associées au renouvellement de la pratique à chaque nouvelle année. Osôji, organisé fin décembre, prépare ainsi Kagami Biraki programmé début janvier.
Osôji, le grand nettoyage
Osôji peut être traduit littéralement par ‘Grand Nettoyage’. Il ne s’agit pas d’une pratique spécifique aux dojos de Budo, mais plutôt une pratique traditionnelle familiale des temps anciens au Japon. De manière pragmatique, elle permet de réellement améliorer la qualité de nos lieux de vie. Au dojo Shumeïkan, cette pratique nous permet à la fois d’approfondir ce lieu culturel et de nous relier à la pratique de Tamura Shihan.
Tamura Shihan était très attaché au nettoyage. Lui-même n’entamait pas la pratique technique, avant que les élèves n’aient réalisé cette préparation préalable. Le nettoyage constant des lieux avant et après la pratique instaurait ainsi Misogi comme une composante essentielle du Budo.
Osôji se déroule au dojo Shumeïkan vers le 20 décembre. Maître Tamura et son épouse en avaient fait un rendez-vous important à Bras où ils étaient présents systématiquement, année après année : de manière symbolique on nettoie ce qui a été mauvais dans l’année pour bien entrer dans l’année suivante, dans le dojo mais aussi à l’intérieur de nous-mêmes. Si nous donnons cette intention à chacun de nos gestes durant ce court week-end, une belle pratique se met en place…peut-être aussi pour le plus long terme ?
L’espace d’une fin de semaine, Osôji nous offre et nous montre pleinement le chemin de la pratique, en résonance avec la tradition du Budo, mais aussi d’autres traditions plus proches de nous. On nettoie, on lave, on balaie, pas seulement le tatami avant le cours ou sa chambre au moment de partir ! Un groupe se charge de sortir tous les tatamis du Dojo et fait sortir la poussière en pratiquant les suburis, d’autres s’occupent des vitres, de la cuisine, des recoins des douches, des bouches d’aération, de tailler la glycine et les haies ou encore de ramasser les feuilles… Bref, pendant deux jours, les pratiquants montent, descendent, récurent … Shumeïkan se refait une beauté !
Osôji constitue l’un de ces moments de transmission qui nous permettent de nous ouvrir à la fois aux dimensions symboliques et humaine de l’Aïkido : au-delà de l’étude technique, développer le sens et l’esprit du Budo, construire cette exigence et cette éducation portées dans la société japonaise ancienne par le Bushido. Osôji illustre pleinement Misogi cette composante essentielle du Budo, à laquelle Senseï était très attaché:
« Normalement les pratiquants cherchent à arriver plus tôt que Quiconque afin de nettoyer et ranger le dojo ; il en est de même après l’exercice. Ce nettoyage ne concerne pas seulement le dojo lui-même, mais aussi le pratiquant qui, par ce geste, procède à un nettoyage en profondeur de son être. Ce qui signifie que, même si le dojo paraît propre, il faut pourtant le nettoyer encore et encore.[….]
En agissant ainsi, vous avancerez, c’est une certitude dans le développement véritable de l’Être et cela seul est important. En quittant le dojo, il faut avoir la même attitude qu’en y entrant. Cette attitude est à la fois un remerciement pour le cours que l’on vient de vous donner, un examen sur vous-même, une réflexion sur ce qui vient de se passer par rapport à vous-mêmes et une préparation pour le lendemain. »
Tamura Nobuyoshi
, livre ‘Nobuyoshi Tamura Shihan - son Message, son Héritage’
En fin de pratique Osôji, les barils de sake peuvent être déposer au pied du poteau circulaire en bois. En effet, Osôji marque une pause pour la pratique technique en fin d’année. Traditionnellement, Tamura Shihan ne redémarrait la pratique technique hebdomadaire au dojo qu’à l’occasion de Kagami Biraki. Dans la tradition japonaise, dans cette période de repos, les lieux préparés par Osôji peuvent être laissés aux Toshigami, divinités de la nouvelle année : les barils de sake sont là pour les accueillir et, descendant dans le dojo par le poteau central, ils pourront ainsi approfondir le travail de purification jusqu’à Kagami Biraki.
Kagami Biraki, partager une nouvelle année de pratique
Ce sens de l’accueil des kamis protecteurs et bienveillants est également présent au Shumeïkan dojo.
Au Japon, la préparation de la nouvelle année peut être traditionnellement marquée par un Kadomatsu
Ce bouquet, composé de pin, de bambou et de prunier, est destiné au Japon à attirer les kamis de la nouvelle année (Matsu désigne le pin et, au japon, Matsu no uchi
désigne la période où les Divinités restent dans la maison). La branche de pin est le symbole de la force, une force ancrée dans les racines ; Senseï rapproche ce symbole de la technique ikkyo dans la pratique de l’Aïkido. La branche de bambou est caractérisée par sa souplesse et sa forme très droite ; Senseï rapproche le bambou de la technique iriminage.
Enfin, le prunier, arbre très symbolique au Japon, exprime notamment la plénitude ; Senseï le rapproche de la technique shihonage. Tamura Shihan maintenait la tradition de déposer un Kodamatsu, placé à l’entrée extérieure de Shumeïkan dojo le 31 décembre. Le Kadomatsu sera brûlé dans la cheminée après Kagami Biraki et les kamis s’envoleront avec la fumée, laissant la place purifiée pour une nouvelle année de pratique.
Kadomatsu, déposé à l’entrée du dojo Shumeïkan
Préparer Kagami Biraki
Au Japon Kagami Biraki étaient l’un des rites du nouvel an notamment célébré dans les familles de la noblesse guerrière. En lien à cette tradition, Kagami Biraki donnait également lieu au Shumeïkan dojo à une cérémonie particulière.
Au préalable le Kamiza se voyait transformé pour l’occasion, avec la mise en place du Kagami Mochi. Le Kagami Mochi symbolise l’esprit de la nouvelle année.
La base représente des mochis, galettes de riz traditionnelles, offerts aux divinités de la nouvelle année. Tamura Senseï soulignait que la galette de riz de grande taille représente le soleil (principe yang) et celle de taille plus modeste la lune (principe yin). Ainsi le Kagami Mochi est aussi un symbole d’unité.
Ces mochis sont associés à l’éventail Shintô, et à une décoration en papier blanche et rouge, dont la forme évoque l’épi de blé élément également symbolique.
Enfin, sur ces galettes de riz, est déposé une écrevisse, symbolisant l’évolution et le chemin de transformation interne individuel : lorsqu’elle grandit, chaque année, l’écrevisse doit changer entièrement de carapace ; dans cette période elle se met à nu entièrement, en toute fragilité, afin de pouvoir reconstruire une nouvelle carapace de plus grande taille. C’est un symbolisme qui s’adresse à chaque pratiquant du dojo.
Fêter Kagami Biraki
Au Japon, les cérémonies de Kagami Biraki mettent donc fin aux célébrations de la nouvelle année. Il s’agit d’un moment particulièrement traditionnel, qui se déroule chaque année le 11 janvier.
La célébration de Kagami Biraki démarrait au dojo Shumeïkan par une pratique sur le tatami, initiée par un chant traditionnel. Le norito, prière shintô chantée par Maître Tamura dans le dojo à cette occasion, soulignait le lien au spirituel et la profondeur de la pratique de l’Aïkido.
Le cours d’Aïkido était suivi par un magnifique moment de convivialité où se retrouvait la famille internationale d’Aïkido de Tamura Senseï. Un buffet nourri de moulte mets traditionnels japonais et provençaux, préparé de longue date par Madame Tamura nous accueillait d’une manière unique… Le sens majeur de cette fête est le partage, symbolisé notamment par le partage des Kagami Mochis. Les mochis sont des gâteaux de riz gluant, de différentes tailles. Non seulement offerts aux divinités les mochis seront sont partagés en famille et avec toutes les personnes présentes à l’occasion de Kagami Biraki, afin de s’imprégner de leur bienveillance. Il faut également noter que les mochis du nouvel an sont coupés à la main, sans utilisation d’objet tranchant. Maitre Tamura soulignait qu’à « une époque où l'on considérait que le vrai guerrier devait obtenir la victoire sans dégainer son sabre, il est probable que le fait de ne pas utiliser de lame à cette occasion était un rappel de cette attitude ». Au plan symbolique, on peut encore noter que ces gâteaux de riz ont la forme arrondie du miroir (objet symbolique présent au kamiza), et la forme arrondie du cœur également (au Japon le cœur est représenté par un rond) rappelant sans doute la bienveillance et l’unité.
Démarrer une nouvelle année
Kamagi Biraki marquait aussi la pratique personnelle de Tamura Shihan et ce qu’il cherchait à transmettre chaque année. Pendant la période entre Osôji et Kagami Biraki, la calligraphie Bu Shin (voir ci-dessus) était généralement suspendue au cœur du Dojo. A l’issue de Kagami Biraki, Tamura Shihan changeait les calligraphies situées au Kamiza. Ces calligraphies, souvent également associées à ses écrits du nouvel an, marquaient et orientaient la pratique de l’année à la fois sans doute pour la pratique personnelle de Senseï et pour chaque pratiquant qui cherchait à suivre son enseignement.
Parler de ces deux arts, c’est engagé un dialogue du corps, du mouvement et de l'Énergie. C’est aussi une façon de faire rencontrer l’art martial de la non-résistance avec l’art thérapeutique de l’harmonie, de l’équilibre et de la mobilité.
Imaginons un instant un aïkidoka exécutant un irimi nage. Il guide la force de son partenaire dans un mouvement circulaire et fluide. Puis, imaginons un ostéopathe, dont les mains expertes écoutent et perçoivent les restrictions de mobilité d'un aïkidoka qu’il libère par des techniques manuelles appropriées. Deux gestes apparemment différents, mais qui puisent à la même source : une compréhension holistique du corps vivant et en mouvement. L'aïkido et l'ostéopathie ne sont pas simplement des techniques ; ce sont des arts subtils qui écoutent et qui dialoguent avec l'intelligence du corps.
Le premier pont entre ces deux disciplines réside dans leur vision fondamentale de l'être humain.
La pratique de l'aïkido, bien que non agressive, est exigeante pour le corps. Les chutes (ukemi), les pivots et les saisies peuvent solliciter, dans l’espace-temps, l'appareil locomoteur. Ce dernier peut, à bas bruit, se déstabiliser, se déséquilibrer. C'est précisément ici que l'ostéopathie trouve toute sa place pour vérifier si tout est en ordre de marche ou si certains réglages sont nécessaires à titre prophylactique ou curatif.
Pour l'aïkidoka, l'ostéopathie est un allié précieux. Elle permet de :
La similitude la plus frappante de ces deux disciplines réside peut-être dans l'outil principal : la main.
les asymétries. Son geste thérapeutique n'est pas une manipulation forcée, mais une invitation adressée au corps à se réajuster, un guide vers l'homéostasie, l’équilibre, l’harmonie et la santé.
Dans les deux cas, la main n'impose pas, elle s’adapte avec intelligence, avec compétence, elle propose, elle prend, elle donne. Elle est le vecteur d'un dialogue non-verbal efficace avec l'intelligence corporelle. C’est ce qui fait la beauté de ces deux merveilleuses disciplines.
Pour le pratiquant d'aïkido, consulter un ostéopathe, n'est pas seulement un acte de soin ponctuel. C'est s'engager dans une démarche globale de connaissance de soi. L'ostéopathie offre une lecture anatomique et fonctionnelle de ce que l'aïkidoka expérimente par son corps et le mouvement dans chacune de ses pratiques au dojo. Ensemble, elles forment un cercle vertueux : l'aïkido enseigne la justesse du geste, la relation à l'autre et la gestion de l'énergie, tandis que l'ostéopathie en assure le support structurel, la fluidité et la pérennité. Elles nous rappellent que la santé, comme l'art martial, n'est pas un état statique, mais bien un équilibre dynamique à cultiver, à entretenir, entre le corps, l'esprit, l’énergie et le mouvement.
Raymond SOLANO Ostéopathe D.O.
Ex-président du Registre des ostéopathes de France.
Auteur de plusieurs ouvrages d’ostéopathie. Ex-chargé d’enseignement en ostéopathie.
Conférencier.
Ex-président de la ligue Midi-Pyrénées d’aïkido et de Budo.
Aikidoka 5 e Dan - BE1 - DEJEPS
Les deux termes (Ki) Awase et (Ki) Musubi font intrinsèquement partie de la nomenclature historique des arts martiaux japonais et ont existé bien avant que l'Aïkido « moderne » ne les emploie. Alors qu'en apparence, ils relèvent plutôt de la sphère conceptuelle que du domaine technique ils jouent, en réalité, un rôle fondamental dans toutes les pratiques martiales nippones. En Aïkido leur usage est néanmoins plus spécifique puisque l'on peut avancer que c'est seulement lorsque Awase et Musubi sont mis en œuvre que le principe « Aïki » peut véritablement se manifester.
Comme toujours, il est nécessaire de définir d'abord un principe par des mots, aussi limitant soient-ils. Nous garderons donc à l'esprit que notre perception analytique bien française différera de celle d'un japonais dont la vision serait plutôt globale.
Comme toujours également, si la première difficulté rencontrée par une analyse de ce type réside bien dans son besoin de clarification théorique, le second des soucis rencontrés par le pratiquant émergera lorsqu'il s'agira de mettre la « chose » en pratique.
Awase
Dans la majorité des écoles d’armes japonaises, on emploie le terme « Awase » pragmatiquement, pour parler du moment où les extrémités des armes en viennent à se croiser, lors de la prise de contact.
Il n'y a donc là rien d'incompatible avec la pratique escomptée en Aïkido, si l'on passe par exemple de l'image du Bokken (ou Bokuto) à celle de la main-épée (Te-katana). Venant du verbe Awaseru qui signifie se rencontrer, le mot « Awase » signifie se mélanger, se fondre. En Aïkido, le principe même d'Awase consiste donc à se fondre dans le mouvement de l'attaquant pour en prendre le contrôle. La démarche demande de la subtilité car, ainsi que le disait constamment maître Tamura Nobuyoshi, il s'agit de « ne pas déranger » Uké/Aïté.
Tous les éléments techniques de l'Aïkido s'articulent en fait à travers Awase, qu'il s'agisse de la distance, de la position, de la direction, de la vitesse, du tempo, de la puissance, et - bien sûr - de l'esprit.
Le premier but d'Awase vise à guider Uké/Aïté avec, comme pré-requis, de s'unir d'abord avec lui.
Mais comment y parvenir ? Pour schématiser, on peut considérer qu'il y a trois façons de répondre à une agression. La réponse primaire vis-à-vis d'une attaque est l'emploi d'un blocage pur et simple. Une réponse plus évoluée vise à dévier au mieux l'assaut effectué ou à sortir de l'axe de l'attaque. La réponse la plus élaborée consistera à « pénétrer » suffisamment l'attaque pour se l'approprier, la canaliser, la conduire et l'annihiler. C'est dans ce dernier cas que l'on peut parler d'« Awase »...
Musubi
En ce qui concerne le terme « Musubi », le principe recouvre l'idée d'un lien s'établissant entre les énergies des adversaires. Toujours dans la majorité des écoles d’armes japonaises, l'idée est alors de travailler au moment « parfait » ou « juste », c'est-à-dire, en fait, au « dernier » moment. L'engagement est alors tel que, pour l'attaquant, tout arrêt et, a fortiori, tout retour en arrière est devenu impossible. En suivant le même principe fondamental, en Aïkido, il faudra que Tori ait le courage d'attendre ce point de non-retour de l'attaque pour que le lien puisse s'établir de manière inéluctable. On peut observer cette situation lorsque les mouvements de deux combattants semblent régis par une sorte de simultanéité. Cet aspect dépasse la notion de « ré-action » autant que d'anticipation et ferait plutôt penser à une sorte de phénomène magnétique reliant les deux adversaires. Il n'y a pas d'avant ou d'après il n'y a qu'un « maintenant » conjoint aux deux individus. Visuellement, ce principe n'est perceptible que lors de la partie « mobile » de la technique alors que fondamentalement tout est joué avant le commencement du mouvement.
Comment s'y entraîner ?
Pour mettre ces deux principes en pratique, la procédure consiste – pour Tori – à ne pas attendre l'attaque mais à la déclencher. C'est seulement comme cela, grâce à cette marge spatio-temporelle (Yoyu) dont il bénéficie, qu'il peut espérer accorder parfaitement ses mouvements à ceux de celui qui n'est alors déjà plus un attaquant. C'est exclusivement parce que Tori n'est jamais en retard qu'attaquant et attaque peuvent être immédiatement captés.
En pratique, il faut que, lors de l'engagement initial, Tori se déplace au mieux, sans jamais être déséquilibré. Il doit par contre veiller à organiser la déstabilisation et la limitation de la mobilité d'Uké/Aïté. Pour ce faire, il lui faut agir au moment opportun, c'est-à-dire ni après ni pendant l'attaque (ni en réaction, ni en action) mais antérieurement à l'attaque, en une sorte de « pré-action » qui ne relève cependant pas de l'anticipation.
C'est là que réside la difficulté majeure de ce type d'approche.
C'est cependant ce principe, cette marge qu'il met en place, qui va permettre à Tori de déclencher l'attaque qui n'est alors plus une action effectuée de façon autonome par Uké/Aïté. C'est le prétendu « défenseur » qui devient l'initiateur, Tori n'étant plus l'esclave de l'attaque mais son maître. C'est une telle approche qui permettait à O'Senseï Ueshiba Moriheï d'être toujours au cœur du mouvement et, d'aspirer ses adversaires. En initiant la technique et en guidant convenablement Uké/Aïté, il parvenait à « absorber » ce dernier. Il n'est que d'analyser les films dans lesquels il apparaît, pour constater qu'il ne semblait pas se préoccuper véritablement d'une captation technique de l'individu mais plutôt de sa « prise en charge » psychique autant que corporelle. Le travail d'un maître comme Hikitsuchi Michio reflétait précisément ce type d'approche.
Certains éléments incontournables
Pour parvenir à un tel degré de pratique, il faut d'abord que Tori soit en accord avec lui-même car ce n'est que lorsque l'on est à sa place sur terre que l'on peut (enfin !) s'oublier. On parle de l'état d'être « Muga- Mushin » (être dans un état de vide intérieur, textuellement « sans ego - sans pensée »).
Dans bien des cas, avant d'en arriver là, le pratiquant pense d'abord à se développer physiquement, à être le plus compétent possible techniquement, il veut absorber l'Aïkido, le faire sien. Pourtant – après bien des années passées à forger son corps et sa technique – ce qu'il va être amené à découvrir (s'il est correctement guidé et travaille sincèrement) c'est qu'il ne pourra fusionner avec Uké/Aïté que s'il fait abstraction de tout ce qu'il a mis des années à développer. Il lui faudra laisser son ego de côté, oublier toute pensée, car ce n'est qu'ainsi que toute notion de conflit perd son sens...
Il s'agirait donc d'être en accord avec soi-même humblement et modestement, avant de s'oublier pour pouvoir s'unifier avec tout ce qui nous entoure – adversaire(s) inclus – ainsi que Ueshiba Moriheï l'évoquait lorsqu'il parlait d'être « en harmonie avec l'univers entier, avec le Ki qui nous entoure ».
Il ne s'agit donc pas, après tout, d'être le plus fort mais bien plutôt de s'accorder avec ce qui nous entoure. Ce sont donc bien les deux principes Musubi et Awasé qui permettent en fait d'accomplir cette mission évoquée par Ueshiba Moriheï, mission qui consiste à détourner vers la compassion ce qui, au début d'un combat, n'est que de l'ordre d'une approche brutale et destructrice.
Jean-Marc CHAMOT
Bien connu des amoureux du Japon mais aussi des passionnés des jardins japonais, le bonsaï est devenu un incontournable de la culture japonaise au même titre que le manga et le sushi.
Beaucoup moins connu du grand public, le suiseki est un art ancien, datant du VI siècle après JC, art intimement lié au bonsaï.
D’abord d’origine chinoise, cet art lié au bouddhisme puis au shintoïsme, faisait de certaines pierres des objets utilisés comme support de méditation, mais aussi des objets de valeur exposés dans le tokonoma des maisons traditionnelles japonaises.
Concrètement un suiseki est une pierre, naturelle, jamais coupée ou retravaillée si l'on veut conserver l'esprit traditionnel (dans la région shinto, les kami habitent les pierres, arbres, collines etc… Par conséquent, couper une pierre reviendrait à tuer un kami), et qui évoquera un paysage, une montagne, un objet, un animal... Au sein de chaque classe de suiseki, il existe des sous-classifications, très complètes (montagne vue de près, vue de loin, pierre plateau, pierre hutte, pierre abris, pierre personnage, etc...).
Ces pierres sont recherchées en montagne, dans le lit de certaines rivières, dans le désert... Une belle pierre, exploitable pour en faire un suiseki, est difficile à trouver et les zones propices à ces "récoltes" ne se transmettent que de passionnés à passionnés, un peu comme les coins à champignons. Mais en ouvrant l’œil chacun peut trouver un jour une très belle pierre méritant de devenir un suiseki !
Elle doit avoir évidemment une forme intéressante, « évocatrice », et doit si possible avoir une base plate.
Une fois découvertes, ces pierres seront lavées (afin de retirer tous les résidus de terre qui les salissent) et "patinées". Plusieurs techniques existent pour cette dernière phase, notamment le yoseki, c’est-à-dire le fait de laisser parfois des années les pierres exposées à la pluie.
Une fois prêtes, elles seront présentées de différentes façons :
- dans un daiza, socle de bois sculpté exactement à la forme de sa base (d'où l'intérêt, notamment pour les pierres paysages de trouver des pierres à base la plus plate possible).
La réalisation du daiza représente le plus gros du travail. Après avoir choisi un morceau de bois de bonne taille, tout le travail est de creuser celui-ci afin de réaliser une empreinte parfaite de la base de la pierre. C’est une tâche longue et demandant une grande minutie. Le daiza terminé se doit d’être discret, de couleur sombre, et ne doit pas voler la vedette à la pierre.
- dans un suiban, plateau de grès, de céramique (pierre posée sur un lit de sable, mais parfois aussi un fond d'eau, voir directement sur le plateau...).
- dans un doban, plateau de bronze.
Évidemment (comme beaucoup d'arts japonais !) tout est régit par des règles esthétiques qu'il faut connaître, et que l'on apprend au fur et à mesure.
Cet art est naturellement pratiqué par les japonais (http://www.suiseki-assn.gr.jp/en/ et http://www.suiseki.jp/intro.html), mais aussi en Europe (France, Allemagne, Espagne, Slovaquie et surtout Italie où beaucoup de très belles pierres européennes sont trouvées), aux USA, et un peu en Asie du Sud-Est.
La France est représentée par l’Association Française des Amateurs de Suiseki (https://www.afas-suiseki.org).
Les suiseki sont exposés en général à l'occasion d'expositions de bonsaï, mais certaines expositions leur sont exclusivement consacrés (La plus importante, la Nippon Suiseki Meihinten par exemple au Japon, mais aussi plusieurs expositions ont lieu chaque année en France, en Italie, en Allemagne etc..).
Chez son propriétaire, le suiseki se doit si possible d’être exposé dans un cadre sobre, dans la même idée que le tokonoma des maisons japonaises.
L’aïkido offre de grandes similitudes avec le suiseki : sobriété, objet méditatif évoquant Mushin, successions d’étapes semblant simples au premier regard mais qui ne le sont vraiment pas…
Pratiquer l’art du suiseki, comme celui du bonsaï, demande du courage, de la persévérance, de ne pas s’arrêter au premier échec, mais apporte de grandes joies dans la simplicité.
Voilà de quoi vous donner envie d’apporter un nouvel objet au kamiza de votre dojo !

Pierre Toyama-ishi (montagnes vues de loin)
Le lien entre l'Aïkido et l'acupuncture peut être trouvé dans leur philosophie et leur approche holistique du corps et de l'esprit.
C’est l’Aïkido que j’ai débuté en 1974 qui m’a doucement amené d’abord à l’ostéopathie (D.O. en 1995) puis à l’acupuncture au tout début des années 2000.
L’étude de ces deux disciplines médicales se posait comme une évidence dans mon idée du rapport à l’autre avec un esprit de bienveillance comme il doit apparaître clairement sur le tatami entre Tori et Aïté. L’aspect traditionnel et les similitudes entre l’acupuncture et l’Aïkido réunissent bien souvent ces deux disciplines chez une même personne.
Par les idéogrammes japonais qui le définissent, Aïkido signifie « la voie de l’union, de l’harmonie des énergies », n’en est-il pas de même pour l’acupuncteur qui par un savant usage de ses aiguilles va ré-harmoniser les énergies du corps pour soigner son patient et le mettre en homéostasie, c’est-à-dire en parfait équilibre de santé.
L'Aïkido est un art martial japonais qui met l'accent sur la non-violence, la recherche de l'harmonie et l'utilisation de la force de l'adversaire contre lui-même. Les pratiquants cherchent à développer un état d'esprit calme et centré, ainsi qu'une conscience aiguisée du mouvement du corps et de l'énergie.
L'acupuncture, quant à elle, est une composante de la médecine traditionnelle chinoise qui repose sur la stimulation de points spécifiques sur le corps à l'aide d'aiguilles fines. L'objectif est de rétablir l'équilibre énergétique du corps et de favoriser la circulation de l'énergie vitale, appelée Qi, à travers les méridiens.
Le lien entre l’Aïkido et l’acupuncture réside dans leur approche holistique de la santé et du bien-être. Les deux disciplines reconnaissent l’interconnexion entre le corps et l’esprit, ainsi que l’importance de l’harmonie et de l’équilibre pour maintenir une bonne santé.
De nombreux pratiquants d’Aïkido ont recours à des techniques de relaxation, de respiration et de méditation similaires à celles utilisées en acupuncture pour cultiver une conscience corporelle profonde et promouvoir le bien-être physique et mental. De plus certains principes de l’Aïkido, tels que la circulation fluide de l’énergie et l’adaptation aux mouvements de l’adversaire, peuvent être analogues aux concepts de flux d’énergie et d’équilibre des forces présents dans l’acupuncture.
Bien que les origines de l’Aïkido et de l’acupuncture soient culturellement différentes (japonaise pour l’Aïkido et chinoise pour l’acupuncture), les deux disciplines sont influencées par des philosophies orientales telles que le taoïsme et le bouddhisme.
Elles partagent des principes de non-résistance, d’adaptabilité et d’harmonie avec l’univers, ce qui peut créer des parallèles philosophiques et spirituels entre les deux pratiques.
L’Aïkido et l’acupuncture peuvent être bénéfiques pour la gestion du stress et des émotions. La pratique de l’Aïkido peut aider à développer la résilience émotionnelle et la capacité à rester calme sous pression, tandis que l’acupuncture peut aider à réduire le stress en rééquilibrant les systèmes nerveux sympathique et parasympathique.
Comme en Chine, au Japon, les médecines traditionnelles japonaises ont aussi intégré l’acupuncture, correspondant à une idée ancestrale de soigner en mobilisant le Ki, en traitant les pathologies résultant d’une insuffisance ou d’un excès de Ki dans différents méridiens, tout en appliquant aussi les principes fondamentaux tels que Yin-Yang, surface-profondeur, froid-chaleur, etc.
Au Japon, pays d’origine de l’Aïkido, l’acupuncture s’est développée avec différentes approches, différentes techniques : Sesshoku-shin (acupuncture de contact), Hiffu-shin (acupuncture cutanée), Chi-shin (aiguille retenue), Tan-shin (aiguille insérée), Jaku-taku (technique de picorage), Da-shin (acupuncture avec un maillet ou marteau fleur de prunier), Kyutoshin (association acupuncture et moxa), shonishin (acupuncture pédiatrique)…
En sens inverse, la Chine pratique aussi l’Aïkido. De nombreux dojos ont vu le jour malgré une certaine retenue pour des raisons historiques et politiques. Mais les chinois ont sans doute bien compris que notre art martial est parfaitement logique pour leur culture taoïste.
En somme, bien que l’Aïkido et l’acupuncture soient des pratiques distinctes, elles peuvent se compléter mutuellement dans la promotion du bien-être physique, mental et émotionnel, en favorisant l’harmonie, l’équilibre et la conscience de soi.
Christophe PAGE
Stage d’Aïkido le samedi 08 mars après midi et le dimanche 09 mars matin. Stage pour tous avec près de 45 pratiquants au total à Sebazac Concourés animé par Xavier Dufau 6e Dan CEN et Christophe Bocognani 5e Dan, suivi d’une visite dans une forge traditionnel d’armes japonaise.
**Dominique Bargiel : Forgeron Traditionnel de Sabres Japonais**
Dominique Bargiel ne se contente pas d'être un forgeron. Il incarne l'âme d'un artisan passionné, dévoué à la fabrication des sabres japonais, ces lames mythiques qui sont bien plus que de simples outils, mais plutôt des œuvres d'art confectionnées avec un savoir-faire ancestral. Pratiquant assidu des arts martiaux, Dominique a bâti son expertise autour de ces lames, fascinées par leur équilibre et leur fluidité.
Sa quête de la maîtrise l'a amené à apprendre les secrets de la forge traditionnelle, faisant de lui l'un des rares artisans en France à posséder une telle compétence. Pour créer ses sabres, Dominique puise directement dans les ressources naturelles de sa région, ramassant le minerai de fer sous forme de cailloux dans le nord de l'Aveyron. Ce choix de matière première est essentiel, car il conditionne la qualité des lames qu'il fabriquera.
Le processus de création d'un sabre est long et complexe, demandant une patience inégalée. Au départ, le minerai doit être chauffé pour donner naissance à des agglomérés, qui seront ensuite concassés et broyés jusqu'à obtenir une fine poudre. Cette étape primordiale mène à un procédé de réduction où, dans un bas fourneau traditionnel japonais, le mélange avec du charbon de bois transforme cette poudre en métal en fusion, prêt à prendre forme.
Dominique s'emploie alors à forger et à marteler ce métal, utilisant des techniques de feuilletage pour obtenir la souplesse et la robustesse nécessaires à une lame de sabre. Les longues heures de travail se poursuivent par le ponçage minutieux à l'aide de pierres aux grains variés, un effort essentiel pour atteindre la perfection.
Mais un sabre ne se limite pas à sa lame. Son tsuka (poignée), façonné dans du bois de hêtre, et sa saya (fourreau) en tilleul, témoignent également de l'héritage artisanal. La touche finale vient de la peau de raie, soigneusement choisie pour s'adapter aux commandes, et les ornements ajoutés qui rendent chaque pièce unique.
Dominique Bargiel n'est pas seulement un forgeron ; il est le gardien d'une tradition séculaire, transformant chaque sabre en une véritable œuvre d'art, chargée d'histoire et de passion.
Le Comité Interdépartemental Côte d’Azur, en lien avec l’aïkido club Stade Laurentin, a organisé son premier stage solidaire le 6 octobre 2024 à Saint Laurent du Var (06) à l’occasion de l’événement national Octobre Rose.
Ce petit CID, qui compte à peine plus de 500 licenciés, a permis de récolter 730€, en réunissant 50 pratiquants. Les pratiquants de tout âge, venaient des clubs des Alpes Maritimes (Saint Laurent du Var, Nice, Gattieres, Beausoleil…) et du Var (Cavalaire, La motte, Sanary, Toulon, La Valette, Saint Maximin, Le Luc…).
Cette somme a été intégralement reversée à la Ligue contre le cancer des Alpes Maritimes le jour même. Cela a été l’occasion également de faire une sensibilisation sur les actions menées dans cette lutte, une représentante de la Ligue contre le cancer s’étant déplacé le jour du stage.
Les cours ont été dirigés avec brio par Isabelle D’Oriano et Jérémy Arbona, tous deux enseignants à l’aïkido club Stade Laurentin.
L’esprit solidaire de tous les participants, organisateurs et intervenants a permis de passer une journée de pratique dans la joie et l’amitié.